
1- Terza Posizione fut une nouveauté dans le panorama politique italien voire européen, quel fut, selon vous, sa motivation principale?
Il n’y eut pas une seule motivation. Ce qui est arrivé, c’est une conjonction quasi magique de divers facteurs. Le moment historique était unique : les droites radicales étaient engluées dans leurs multiples tentatives de prendre le pouvoir, les rouges étaient en crise avec l’échec de leur contestation générationnelle, l’État était allié avec le PC, le MSI était en panne et se fourvoyait dans une stratégie de tension télécommandée par les anglais et les israéliens. Toutes ces facteurs ont crée une situation très particulière. À cette époque, on ne pouvait plus réfléchir en terme de prise de pouvoir ni de débat démocratique. Ainsi est née une logique politique complètement différente, celle du « contre-pouvoir » fondé sur un esprit de « milice ».
On ne parlait pas seulement à coup de slogan ou d’intuitions politiques, c’était une synthèse d’une décennie de travail au sein des différentes tendances de la droite radicale nationaliste révolutionnaire : Avanguardia Nazionale (avec Peppe Dimitri et ses fidèles), Lotta di Popolo (avec Walter Spedicato), Ordine Nuovo – Anno Zero (avec Roberto Fiore et Vincenzo Piso). À la fin, à cause de la décapitation de la droite radicale à cause de la répression politique, nous nous retrouvions ensemble, jeunes, parlant le langage de notre génération et prêts à agir. Avec des discours modernes et des stratégies de communications, nous avons réussi à exprimer et à rénover des concepts déjà existants auxquels nous donnions une continuité au travers de références historiques, de symboles, d’idées et de culture.
2- Les « quatre points pour lutter et vivre » ont été fondamentaux dans le développement de Terza Posizione; aujourd’hui qu’en est-il de la tradition, de l’indépendance nationale, de l’anti-impérialisme, de la « militance »?
Je ne me focaliserais pas seulement sur ces concepts. Chaque époque requiert la capacité de l’interpréter et d’y répondre de manière adéquate en partant bien sûr de nos idées mais en lui offrant de véritables jambes, pas des prothèses.
Je pense que la tradition doit être omniprésente – surtout d’un point de vue des valeurs – car elle précède les choix. Ce n’est pas pour autant l’interpréter comme un ensemble de coutumes antiques que l’on devrait copier ou de ruines que l’on voudrait défendre. TP n’est pas tombé dans ce travers. Pour ce qui est de l’anti-impérialisme, nous vivions dans l’ultime période d’un rêve qui, au niveau international, était incarné par Perón. Aujourd’hui, la donne est complètement changée. La plupart des mouvements de guérillas sont aujourd’hui armés par l’argent de la drogue. Pourtant c’est vrai que quelques uns méritent notre admiration et notre soutien comme c’est le cas pour les Karens.
C’est la même chose pour l’indépendance nationale. La situation géopolitique a beaucoup évoluée de même que la culture ou le domaine de l’énergie : l’autarcie est en ce moment impensable bien qu’une autonomie basée sur la frugalité soit toujours envisageable. Pourtant l’Italie ne peut se penser sans l’Europe comme pouvoir et comme mythe.
Pour ce qui est de la « militance » qui est quelque chose de plus profond que le « militantisme » dans le sens qu’elle touche tous les aspects de la vie. Elle ne s’exprime pas dans le fait de crier plus fort, dans la haine, dans le fait d’offenser tous ceux qui ne font pas parti de ces tribus urbaines ou qui n’adhèrent pas au code idéologique qui, très souvent aujourd’hui éclipse l’idée. Pour être plus clair, ce qui compte c’est l’intégrité. Cela n’a rien à voir avec une certaines interprétation vue dans certaines soirées ou des hommes aux regards hallucinés démontrent une fermeture d’esprit, gesticulent pour prouver qu’ils sont des « purs et des durs » puis retournent chez eux. Il faut commencer par l’humilité et l’envie d’apprendre. Quelqu’un qui a organisé la garde d’honneur pendant quatre ans a Predappio a une bonne idée de ce que je veux dire : ce sont les personnes simples et silencieuses que tu ne t’attends pas forcément à rencontrer là-bas qui t’apprennent à être ce que tu prétends vouloir être. Je ne dis pas qu’il faut avoir monté la garde pour le savoir, mais cela aide. Aujourd’hui ce n’est pas vraiment une époque de sacrifice mais d’autocélébration. Tous font quelque chose. Pourtant il est rare de voir un don total comme dans le cas de Popoli pour le peuple Karen ou de Casa Pound Italia dans le cas de l’aide aux victimes de l’Aquila. La « militance » signifie vivre avec eux ou au moins se mettre à leur disposition mais pas pour avoir bonne conscience. Il ne s’agit pas de se mettre en scène, il s’agit de vivre vraiment. Il ne faut pas tomber comme aujourd’hui dans la virtualité ou dans la mentalité de « fascio-consommateur ». La « militance » est avant tout dans le volontarisme.
3- Pourquoi la « militance », le fait de témoigner, d’être présent, de donner l’exemple, ennuyait ou ennuie tant de nos jours?
À l’époque on nous détestait simplement parce que l’on voyait en nous les continuateurs de ceux qui nous avaient précédés. Nous étions ennuyeux surtout quand on touchait la question sociale. La « militance », être un exemple, l’avant-gardisme gênait surtout les groupes les plus fermés, les clans, les petits chefs de notre milieu. C’est la même chose qui se passe aujourd’hui vis-à-vis de ceux qui fournissent des exemples. Ils sont vus comme suspects et on essaie de les neutraliser ou de les dénigrer par jalousie ou par peur. C’est arrivé pour la Garde d’honneur ou pour Casa Pound alors que ces personnes auraient dû avoir le devoir éthique, moral ou spirituel de soutenir ces actions. Aujourd’hui encore, des hommes se sentent supérieurs, n’ont pour référence qu’eux-mêmes, sont égocentriques et ils résonnent en petit. Il faut le constater et le dépasser. C’est le cas pour nous aussi : nous ne devons pas nous laisser berner par les sirènes du pouvoir lilliputien car il corrode les âmes les plus fortes.
4- La révolution est comme le vent! Dans quel sens?
Dans le sens qu’il faut savoir faire confiance, qu’il faut voir les fleurs qui sont prêtes à fleurir et ne pas prétendre forcer à éclore. Pour nous, le vent signifie qu’il faut savoir avant tout écouter. Écouter : j’insiste sur ce point. Pour révolutionner, il faut écouter et interpréter, ne pas crier ou exprimer des vérités dogmatiques, des solutions prêt-à-porter. Il faut pouvoir reconnaître les idées et les hommes au-delà des masques. Les anciens ont fondé notre civilisation en partant de cette logique. Celui qui écoute le vent ne veut pas imposer des lois prescrites car le vent ne sait pas lire, il n’en a pas besoin étant la manifestation du verbe. Nous devons comprendre que nous sommes condamnés à la raison. Nous sommes des analphabètes qui agitons des tables de la loi.
5- Êtes-vous toujours convaincu que tout mouvement politique doit toujours s’améliorer et se développer de l’intérieur?
Je ne sais pas, je ne pense pas. Il faut mieux les laisser mourir s’ils sont malades ou déconnectés des réalités.
6- Quel était l’esprit de Terza Posizione?
Antique et moderne. Éthique et rebelle. Révolutionnaire et discipliné. Hiérarchique et communautaire. Joyeux et tragique.
7- Les succès et les échecs idéologiques?
Insignifiant.
8- Les rapport entre TP et le MSI et les autres entités politiques de l’époque?
Nous ne parlions pas la même langue et nous n'avions pas les mêmes buts, ni la même vision. Évidemment, de nombreux membres du MSI ou des mouvements antiparlementaires firent preuve d’empathie à notre égard et même rejoignirent nos rangs. Puis la lutte armée a commencé mais pour parler de cela il faudrait beaucoup développer…
9- Ni rouge, ni réactionnaire, c’est toujours d’actualité? Comment l’expliquer aujourd’hui?
Aujourd’hui les deux sont mélangés dans une zone grise. Nous sommes dans un système internationaliste au préjugé biblique fort, fondé sur la mentalité communiste, l’âme progressiste et la mécanique libérale. Aujourd’hui, le disloquer ne me semble pas d’actualité. Le problème doit être affronté différemment. Comme je le disais plus haut, à chaque époque son interprétation et la manière adéquate de répondre aux problèmes, en partant évidemment des Idées.
10- Selon vous, c’est l’homme qui altère les idéologies ou l’idéologie qui rend l’homme méchant?
L’idéologie sert à fourvoyer l’homme du bon sens, à lui ôter le rôle qu’il devrait assumer. L’idée que l’idéologie rend “méchant” est en fait de leur faire tenir des rôles ou des fonctions inadéquates réfutant l’ordre ou la hiérarchie. Pour les hellènes, le “mal” était surtout “l’absence de bien” vu en particulier dans le sens d’une erreur dans les relations hiérarchiques. On peut dire que les idéologies abêtissent les hommes mais que certains sont immunisés contre elles. Le tout est de reconnaître et d’assumer des relations hiérarchiques justes entre les hommes au travers de devoirs et de valeurs qui les rendent fécondes.
12- Demain nous appartient! C’est encore une réalité pour nos jeunes?
Demain appartient à celui qui est capable de le construire. Je ne sais pas exactement ce que tu entends par “nos jeunes”. Les jeunes italiens? Je ne sais pas, mais je ne partage pas les perceptions apocalyptiques du présent et de l'avenir qui sont si fréquentes dans la droite radicale. Il y a des éléments pour le pessimisme, d’autres pour l'optimisme. Ces derniers sont plus importants aujourd'hui qu'il y a vingt ans et je ne crois pas à l’arrogance du défaitiste qui se sent isolé et supérieur.
13- Lors des procès contre Terza Posizione, le ministère publique soutenait que: les militants de TP ont commis un crime contre l’État mais aussi contre le temps présent... Pourquoi?
Parce qu’ils n’avaient pas d’éléments concrets contre nous et qu’ils nous considéraient comme les héritiers de ce qu’ils détestaient le plus. Cela faisait peur à certains.
14- De tous les militants de TP, de qui vous souvenez-vous avec le plus d’affection?
De ceux qui ne sont plus là comme Francesco Mangiameli, Nanni De Angelis, Fulvio Cellini, Walter Spedicato et Peppe Dimitri (qui fut notre vrai « Rex ») et de certains qui sont encore prisonniers comme Luigi Ciavardini et Pasquale Belsito.
15- Quel faut la cause principale de la disparition de TP?
La restructuration du pouvoir dicta l'obligation de faire cesser toutes les turbulences qui agitaient l’Italie. En réalité, elles venaient surtout de l’ultragauche. Dire que nous faisions peur au pouvoir pourrait nourrir notre égo mais ce serait nous mentir à nous-mêmes. Nous fumes éliminés à cause des autres et parce qu’ils nous haïssaient. Presque tous les membres du pouvoir étaient d’anciens partisans et leur haine envers nous ne peut que nous remplir d’orgueil.
16 – TP existait et existera?
L’esprit est éternel. Nombreux sont ceux qui s’inspirent de cet esprit mais il est vrai que TP avait réussi à l’incarner de manière quasi magique. Si Terza Posizione n’existe plus, l’esprit demeure en particulier dans la manière qu’il a eut d’exprimer des idées et de voir le monde. On ne doit certainement pas l’imiter mais il est clair que chercher des idées dans cette expérience est valide. Il est pourtant nécessaire de changer de perspective, on ne peut pas rééditer ce modèle politique car les temps ont changé. Il ne se passe quasiment pas une journée sans que quelqu’un me demande pourquoi ne pas refonder TP. Ma réponse est toujours la même: on a besoin de jambes, pas de prothèses.
Source: http://www.lamoscabianca.eu/