03.11.2009

Mauro Poggia: «Confier du social à des privés est un non-sens»

ASSURANCE MALADIE | L’avocat des assurés, Mauro Poggia, fustige le système de santé. Il veut des réformes.

© Laurent Guiraud | Mauro Poggia


MARC GUÉNIAT | 05.10.2009 | 00:00

Nous l’écrivions vendredi, le budget des ménages dédié à l’assurance obligatoire des soins (AOS) augmentera l’an prochain. Si la hausse est moins forte à Genève qu’ailleurs en Suisse, le canton reste celui dont les réserves sont les plus importantes, à 41,4%. Et les primes y sont les plus chères derrière celles de Bâle-Ville.

Mauro Poggia, président d’honneur de l’Association suisse des assurés, réagit à cet état de fait «inacceptable». L’avocat genevois se bat depuis des années contre sa caisse, le Groupe Mutuel, pour obtenir plus de transparence. En juillet, le Tribunal fédéral lui a donné raison: l’assureur devra ouvrir ses comptes à un expert mandaté par la justice genevoise. Celui-ci tentera d’établir l’adéquation entre le montant des primes et les prestations effectivement remboursées. Le but de Mauro Poggia est avant tout politique: démontrer que le contrôle de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) est inefficace. Mais aussi impossible vu le nombre de caisses, de primes et de cantons.

Que vous inspire les hausses de primes annoncées jeudi par l’OFSP?
En annonçant des hausses énormes dans un premier temps, les assureurs ont réussi leur coup. Ils ont effrayé la population. Et obtenu ce qu’ils voulaient. Mais ce problème est subsidiaire, car il évoque cette vaste question par le plus petit bout de la lorgnette.

Vous ne niez toutefois pas que les coûts ne sont pas maîtrisés?
Non. La population vieillit et tout le monde – ce qui est normal – veut un accès libre aux soins. En ce sens, notre système de santé remplit sa mission. Sur le fond, la LAMal (ndlr. Loi sur l’assurance maladie) est bonne, car elle instaure une solidarité entre assurés.

Mais…
Il y a effectivement un grand «mais». Le système repose sur une pseudoconcurrence entre caisses qui ne fonctionne pas. En quatorze ans, cela a été démontré par A + B: les coûts, justement, ne sont pas maîtrisés. Les assureurs ne veulent pas être les moins chers, car ils attirent ainsi les «mauvais risques». A l’inverse, ils cherchent à drainer les «bons risques» pour leur vendre des complémentaires avec lesquelles ils génèrent du profit. Et les prestations diffèrent d’une caisse à l’autre. C’est comme si votre rente AVS variait suivant l’institut dans lequel vous aviez cotisé. En somme, confier une assurance sociale à des privés se révèle incompatible, car les deux philosophies sont opposées. L’Etat doit s’engager davantage. Ceux qui prétendent le contraire sont les mêmes qui voudraient rendre l’école payante.

En clair, militez-vous pour une caisse unique?
C’est une évidence! On diluerait le risque sur sept millions d’assurés. Du coup, les réserves pourraient être nettement moins élevées. Il est aussi impératif de créer un système de franchises proportionnel au revenu et tenant compte de la taille des ménages. Les familles n’arrivent plus à suivre: la santé pèse presque autant que le loyer dans leur budget.

Et pourquoi pas, dans la même veine, instaurer des primes proportionnelles au revenu?
Je ne crois pas que cette solution soit applicable en Suisse. Le vote sur la caisse unique (ndlr: en 2007) l’a montré: on effraie la classe moyenne en lui disant qu’elle casquera et elle prend effectivement peur. Car tout le monde ou presque en fait partie, que ce soit en haut ou en bas.

 


 

«Où sont parties les réserves?»

Vous dites que l’on considère les choses par le plus petit bout de la lorgnette, à savoir les primes. Sous quel angle faut-il donc considérer la question?
Par la supposée corrélation entre coûts et primes. A Genève, elle n’existe pas: ces dernières croissent plus vite que les premiers. Une partie des primes payées s’est volatilisée. Dans certaines caisses, les réserves ont fondu tandis que les primes sont demeurées stables ou ont augmenté. Où sont parties ces réserves?

Selon l’Etat de Genève, certains assureurs les transféreraient vers d’autres cantons…
Il est clair qu’en l’état il faut cantonaliser ces réserves; les Genevois ont payé et paient pour maintenir des primes fictivement basées à Schwytz. Mais une fois encore, ce n’est qu’une partie du problème.

Qu’espérez-vous donc obtenir de plus à travers les procédures intentées contre votre caisse?
La voie politique eût été préférable à la voie juridique. Mais puisque le parlement est vérolé par des groupes d’intérêts dont le manque d’honnêteté intellectuel est patent, c’est la seule solution. Je veux forcer les assureurs à présenter des statistiques fiables et transparentes sur leurs activités, rappelons-le, à caractère social. Je suspecte fortement l’existence de vases communicants comptables entre l’assurance obligatoire et l’assurance privée.

source : http://www.tdg.ch

Commentaires

Hello ,

Je viens de parcourir ton blog et en toute franchisej adhere complement

Ecrit par : LCL | 14.12.2009

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